CARNAVAL
A DIFFERENT DRUMMER
Un dimanche après midi de janvier, sous la chaleur et le soleil éclatant, les percussions résonnent distinctement partout dans les rues de Gustavia. Mais que se passait-il, pourrait on se demander! Des musiciens et des danseurs vêtus de costumes traditionnels apparaissent au coin de la rue; il s’agit des parades du pré-Carnaval, qui ont lieu chaque dimanche à partir de la semaine de l’Epiphanie, jusqu’à Mardi Gras, le moment apogée du Carnaval, dans la plus pure tradition de St Barth.
La Pointe en Mouvement, une filiale de l’association SBJAM créée il y a dix ans, organise chaque semaine ces processions dans la rue, menées énergétiquement par le percussionniste Henri Hugues, né à St Barth. En charge de toute la musique traditionnelle du Carnaval jouée lors des processions, il nous raconte: “Il y a deux sortes de rythmes que nous utilisons; Gros Sirop de Basse-Terre et St. Jean de Pointe-à-Pitre, inspiré du groupe Voukum de Guadeloupe.”
Mais Henri fait bien plus que jouer des percussions: il dirige également un atelier de couture pour tous les costumes du Carnaval, qui démarre son travail dés les premiers jours de septembre, jusqu’à la veille de Mardi Gras. En effet, ils portent des costumes différents chaque dimanche après-midi: “Chaque semaine incarne un thème différent, et chaque thème a évidemment un sens profond” remarque Henri, “du rouge et blanc pour la révolution en passant par les vieux journaux,
la terre et les feuilles des arbres, ou encore l’huile et les cendres.”
Ce qui est encore plus incroyable, c’est que Henri fabrique lui-même la plupart des percussions! “Auparavant, on utilisait des percus de plastique, mais le son est bien meilleur avec des percus en bois, qui de surcroît sont aussi bien plus légères que celles en plastique” remarque-t-il. Les peaux de tambours sont faites à partir de peau tendue de chèvre, que Henri récupère sur l’île, qu’il traite ensuite pour l’utilisation spécifique des percussions, les rendant ainsi encore plus authentiques. “Cela nous prend à présent plus de temps pour fabriquer nos instruments” dit-il, mais il nous explique aussi qu’il a appris les techniques grâce à Hermann Dufay de Guadeloupe, qui vit désormais à St Barth.
Henri a de nombreux projets pour le futur: “J’aimerais beaucoup créer une école de musique, de percussions traditionnelles Growka. Ce n’est pas juste un rêve, c’est surtout un véritable objectif” nous raconte-t-il. Son souhait serait de se produire à d’autres moments que pendant le Carnaval, et d’enregistrer un jour un disque de musique traditionnelle. Henri travaille déjà activement avec les enfants locaux tous les mercredis et samedis après midis: en bons petits percussionnistes, ils leur apprend à perpétuer la tradition de la musique:
“Ils apprennent ainsi à respecter les instruments et je leur communique également ma philosophie et ma vision de ce que symbolise la musique”
“Chaque année, pendant le Carnaval, il y a toujours quelque chose pour nous donner la chair de poule,” ajoute Henri, qui se souvient qu’une année, il n’y avait plus de sable sur la plage de Shell Beach, à l’endroit même où ils brûlent une effigie de Vaval, roi du Carnaval, le mercredi soir des Cendres. “Nous avons décidé de brûler Vaval prés du port, prés de la pharmacie mais il plut tant que l’année suivante, nous avions deux Vavals à brûler !”
Passionné de musique depuis sa plus tendre enfance, Henri nourrit une véritable passion pour la musique du Carnaval et s’intéresse beaucoup au futur culturel de son île. Pour le moment, cet homme naturellement charismatique est très occupée avec son équipe de 60 personnes, entre les ateliers et le groupe du Carnaval, et il s’agit là d’une énorme responsabilité durant presque toute une année, mais dont l’apogée a lieu pendant ces trois jours intenses de Mardi Gras “Il faut rester zen” dit Henri, l’homme qui clairement, pour être si zen, doit suivre le tempo d’une toute autre percussion que celle qu’il joue!

Burning of Vaval on Shell Beach
Photographe : ALEXANDRE ABELA
Texte : ELLEN LAMPERT-GREAUX
Adaptation Française : LOUISE BARNATHAN




