mardi, octobre 20

Laurent Tapie a dévoilé en avant-première européenne son hypercar hybride inspirée de la F1. 30 exemplaires de la voiture « la plus rapide du monde » seront commercialisés à 2 millions d’euros, dès 2022.

Diplômé de l’École supérieure de commerce de Paris, puis consultant McKinsey – le must des cabinets de conseil, Laurent Tapie a sévi dans les paris sportifs en ligne, dirigé la filiale numérique du Groupe Partouche et créé un site de commerce en ligne avec son paternel, Bernard.

Depuis trois ans, il mêle affaires et passion en tentant de faire revivre la mythique marque automobile française Delage, en sommeil depuis près de soixante-dix ans et propriété de l’association Les Amis de Delage.

« J’ai repris la marque il y a un an. C’est une licence exclusive pour sept ans avec une option unilatérale d’achat, c’est-à-dire que quand je le décide, à compter du 1er janvier 2022, j’ai le droit d’acheter la marque à un prix qui est fixé d’avance », précise cet inconditionnel de F1 et d’Ayrton Senna, qui remporta un concours amateur Porsche à 20 ans et cède régulièrement à l’appel de l’adrénaline. « Je fais tous les trois mois au moins une sortie circuit. J’en ai besoin physiquement. »

Sa Delage D12 (show car) aurait dû être dévoilée lors du Salon Top Marques. La Covid-19 a reporté les présentations à vendredi, à la Salle des Étoiles, dans le cadre du 4e CC Forum pour l’Investissement dans le développement durable. Laurent Tapie s’est alors confié sur son entreprise. « La voiture, c’est le côté passionnel et une vitrine pour exposer nos technologies. L’essentiel des revenus de la société proviendra de la technologie. »

[MC] Magazine Chic - La nouvelle Delage

[MC] Magazine Chic – La nouvelle Delage

En cela, la Delage D12 présente une innovation en termes de sécurité. « C’est la première qui dispose d’un moteur électrique de plus de 100 ch qui fonctionne en 60 volts. Toutes les voitures sont actuellement dans un environnement 400 volts. Or, 400 volts, ça peut tuer les gens qui sont dedans, donc les règles sont hyper strictes et rendent les voitures plus coûteuses et plus lourdes. Notre technologie permettrait aux voitures électriques de se démocratiser car on enlève une partie du coût et des contraintes. »

Interview droit au but avec un entrepreneur mué par de profondes convictions. Et qui n’hésite pas à mettre la semelle!

Laurent Tapie, comment est né ce défi Delage? Il y a un peu plus de trois ans, je lisais des articles sur les ventes de Pagani, Koenigsegg et Bugatti. J’ai vu la présentation de la toute première Koenigsegg à Cannes à la fin des années quatre-vingt-dix, c’était encore un prototype et je pensais qu’ils n’allaient jamais réussir. Ils vendaient deux voitures par an à l’équivalent de 400.000 euros et, il y a trois ans, ils en vendaient 25 à 30, à 2 millions d’euros. Quant à Bugatti, ils faisaient 40 millions de chiffres d’affaires par an entre 2005 et 2015, les années de commercialisation de la Veyron. Entre 2018 et 2019, ils ont fait 600 millions d’euros de commande en douze mois! J’ai compris que le marché avait explosé car il y a de plus en plus de riches et qu’ils veulent des voitures incroyables.

Il y a de la place pour un nouvel entrant? Je n’ai pas pensé marque dans un premier temps, j’ai pensé voiture. Il faut que la voiture soit différente de tout ce qui existe. Et je crois qu’elle l’est. C’est le parti pris de faire ce qu’il y a de plus proche d’une F1. En performance aussi, elle est faite pour battre le record du Nürburgring (Allemagne) dans un an.

C’est l’objectif initial? Oui. Faire la voiture homologuée sur route la plus rapide du monde, pas en ligne droite mais sur circuit. Le record appartient à la Lamborghini Aventador SVJ et on est plus léger et plus puissant. À moins de mettre quelqu’un qui ne sache pas conduire, je ne vois pas comment on ne peut pas le battre.

D’où le fait que Jacques Villeneuve, champion du monde de F1 1997, soit du projet? Exactement. Il interviendra quand on en sera au prototype roulant. Je veux que le ressenti soit le plus proche possible d’une F1 et, ça, ce ressenti, c’est un pilote qui le donne, pas un ingénieur. Dans les voitures que j’ai possédées, celle que j’ai le plus aimée, c’est la F430 Scuderia. J’ai conduit des plus récentes et plus performantes mais le ressenti de la 430 Scuderia est unique. Et je pense que c’est parce que c’est Michael Schumacher qui a fait les réglages.

« ELLE EST VRAIMENT FAITE POUR MARQUER LES ESPRITS »

Comment avez-vous convaincu l’association Les Amis de Delage? Après plusieurs mois de négociation. Ils m’ont dit que j’étais le dixième à venir en dix ans, presque sarcastiques. Je leur ai répondu que je ne venais pas avec un business plan mais avec une équipe et des moyens. C’est surtout l’équipe de top niveau qui les a convaincus. On a seize titres de champion du monde FIA. Si ce n’est Ferrari, je pense qu’aucun constructeur n’a ça.

De quels soutiens financiers disposez-vous? J’ai quatre milliardaires à mon capital, dont Xavier Niel (également propriétaire du groupe NIce-Matin, NDLR). J’ai aussi d’autres gens plus modestes. J’ai créé un “Club des 12” investisseurs, comme la D12, avec un ticket pas trop élevé. J’ai un mec qui est passionné de bagnoles, patron d’une TPE de 7 personnes, et qui voulait être dans le projet. Ils ont tous en commun l’envie de ressusciter cette marque.

Les Amis de Delage veulent préserver l’ADN de la marque, ont-ils été rassurés par la D12? Je ne dirais pas que ça les a rassurés mais on la présente comme l’héritière d’une Delage: la 15 S8, championne du monde en 1927. La prochaine hypercar sera beaucoup plus dans les codes Delage, ce sera un peu du néo-rétro. Celle-là, elle est vraiment faite pour marquer les esprits et remettre la marque au sommet.

Pourquoi avoir fait une version plus légère? Parce que des clients m’ont dit à notre premier show, aux États-Unis, qu’ils adoraient le concept mais qu’ils s’en foutaient du côté électrique. Ils voulaient de la performance pure, l’emmener sur circuit et enlever le poids de l’électrique.

« LES SEULES HYPERCARS QUI ONT DU MAL À SE VENDRE, C’EST L’ÉLECTRIQUE »

L’électrique n’est pas tendance? Pas du tout. Les seules hypercars qui ont du mal à se vendre, c’est l’électrique. La Pininfarina Battista c’est un désastre, ils n’en vendent pas. Il y a une raison simple: des gens construisent sans savoir ce que veulent les clients. Moi je suis un malade de voitures, je sais ce qu’ils veulent.

Du bruit? Exactement. Et arriver dans un endroit où personne ne vous entend arriver, il manque quelque chose. Après, le client peut se mettre en mode “city” et elle passe en tout électrique. Mais s’il a envie, le V12 marche. C’est pour ça que je n’ai pas voulu qu’il soit turbo ou compressé, c’est un V12 atmosphérique avec un boost qui est produit par le moteur électrique.

On est loin de la fin du thermique selon vous? On est dans une escroquerie intellectuelle qui est totale. Aujourd’hui sur les voitures, c’est écrit zéro émission… Oui, quand ça roule. Mais avant? On a dû fabriquer une batterie, chercher des composants rares dans des mines avec des gros tracteurs et des tonnes de diesel. La batterie d’une Tesla, c’est 15 tonnes de Co2. Avec 15 tonnes de Co2, une Toyota Prius (hybride) fait 100 000 km. Donc les bobos qui sont tous en Tesla en Californie et disent qu’ils sauvent le monde, ils me font marrer.

Et l’électricité, comment est-elle produite? Grâce au nucléaire chez nous, au charbon dans une grande partie du monde… Merci! On est les seuls. La Chine, c’est deux tiers de charbon. Et qui est le premier producteur de batteries au monde? La Chine, pour 48 %. Mais à part ça, on est en train de sauver la planète, ça n’a aucun sens!

« MON PÈRE ADORE LE PROJET »

Votre père avait relancé des marques comme Look. Quel regard porte-t-il sur votre défi? Il adore le projet. Les marques françaises, ça lui parle. Et il adore l’automobile, je pense que j’ai pris la passion de lui. Il a été pilote de F3 parmi les dix métiers qu’il a faits [rires]. C’est quelque chose d’important dans la famille.

Père et fils en tandem dans la D12 un jour? Il faut que son état de santé s’améliore pour qu’on puisse le mettre dedans. Ce serait une bonne idée. Ce serait sympa.

Source : NiceMatin

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